Points de vue et images de la fin du monde

11 septembre 2008

Je m’excuse de ne pas avoir posté plus tôt, mais j’ai été un peu occupé par la fin du monde.
Je dois vous avouer, qu’au départ, j’ai été un peu sceptique.
Il faut dire que c’est Saint Pierre qui est arrivé en hurlant “la fin du monde commence en Suisse”.
Sur le coup j’ai cru que c’était un truc codé ou le petit qui me faisait encore une blague. Il faut dire que Saint Pierre, il est très crédule. Je me souviens encore de la foi où on lui a fait croire que
j’allais organiser une journée portes-ouvertes au Paradis, vous auriez vu sa tête. Depuis qu’il est venu trois fois m’annoncer l’extinction de l’hippopotame, je le prends moins au sérieux.

Je vais spoiler un peu, mais la vraie fin du monde, personne ne va l’annoncer. Pour la simple et bonne raison que l’humain aura disparu, une vague histoire de virus mutant, et que l’espèce intelligente, à ce moment-là, sera l’anémone de mer. Sauf que dans son langage, y aura pas de mot pour dire fin. Ni de mot pour dire monde. Mais 7214 pour “mh, elle est pas un peu salée, l’eau, aujourd’hui ?” Faut dire que quand tu passes ta vie accrochée à un rocher, tu as pas des masses de sujets de conversation. Mais du temps pour y penser.

Et puis bon, un trou noir, je trouve ça un peu vulgaire comme fin du monde, j’imagine déjà les commentaires railleurs de mes collègues. J’ai prévu un truc beaucoup plus folklorique et sans trop vouloir vous en révéler trop pour ménager l’effet de surprise (même si vous, techniquement vous ne pourrez plus être surpris) il y aura pas mal d’effets pyrotechniques. Et un orchestre de jazz (si vous croisez des loutres qui jouent de la trompette au cours des prochains millénaires, ne vous en faites pas, c’est normal). Saint-Emilion s’est déjà proposé pour organiser l’apéro. Il dit que, déjà, je n’ai rien fait pour le vernissage alors que je dois soigner le finissage. Je sais pas comment le prendre. Je trouvais qu’à l’inauguration, des pommes, comme buffet dînatoire, c’était classe. Mais vous avez pas bien saisi le concept, du coup j’hésite à vous dire quelle était ma conception originelle du roulé au fromage.

Alors je sais, dans mon bouquin, ça parle d’Apocalypse, de Jugement Dernier, d’Antéchrist… on a bien chargé la fin, j’avoue. On était en comité de rédaction, avec Saint-Pierre, on s’est un peu laissé aller. Mais maintenant, c’est lui qui parle de ne pas tout prendre au premier degré, de l’Esprit et de la Lettre. Juste parce qu’il refuse de recevoir tout ce monde en même temps. Faut dire aussi que ça posait un problème d’intendance. On a acheté des stocks de magazines périmés et des machines, comme à la Poste, chacun prend un numéro et attend son tour. Mais on est un peu embêtés, la Poste étant une invention de ceux d’en-bas.

Mais là, j’ai quand même été obligé de surveiller cette histoire de trou noir. Créateur de toutes choses, c’est un boulot délicat, on croit avoir tout prévu, quelques instants d’inattention et on se retrouve avec un trou noir sur les bras. Ou des ornithorynques. Et là, il en allait de ma crédibilité auprès des collègues. La fin du monde, partir d’un pays qui a inventé le couteau à quarante-deux lames et trois tire-bouchons, le secret bancaire et Ludovic Magnin, franchement, est-ce que c’est bien sérieux ?